7 septembre 2026
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Joseph Dion Ngute, Premier ministre camerounais, lors de l'ouverture du dialogue national à Yaoundé en 2019

Un système fédéral pour apaiser les tensions dans les régions anglophones

Yaoundé a engagé un vaste dialogue national en 2019 dans l’espoir de mettre fin aux violences qui déchirent les régions anglophones du Cameroun. L’objectif affiché était clair : trouver des solutions durables pour restaurer la paix et l’unité nationale. Pourtant, les discussions ont rapidement buté sur des obstacles majeurs, notamment l’absence de participation des principaux leaders séparatistes. Cette situation a compromis toute avancée significative, laissant le pays dans une impasse politique et sociale.

Parmi les propositions évoquées figuraient le renforcement de l’autonomie des régions, voire un retour partiel à un système fédéral. Cette idée, souvent brandie comme une solution miracle, soulève cependant des questions complexes sur sa faisabilité et ses conséquences à long terme. Quels seraient les impacts d’un tel changement sur la cohésion nationale et la stabilité du Cameroun ?

Les origines historiques d’un débat récurrent

Le Cameroun a connu une expérience fédérale entre 1961 et 1972, avant d’adopter un système unitaire sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, puis de Paul Biya. Ce retour en arrière, plus de quarante ans après la fin de la fédération, suscite des débats passionnés au sein de la classe politique et de la société civile. Les partisans d’un fédéralisme rénové y voient une occasion de répondre aux revendications des populations anglophones, tandis que ses détracteurs craignent une fragmentation accrue du pays.

Les tensions dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, marquées par des conflits armés et des violences quotidiennes, ont ravivé ce débat. Les revendications des séparatistes, qui réclament l’indépendance de ces zones, s’inscrivent dans un contexte historique de marginalisation perçue. Pour eux, un système fédéral offrirait une meilleure représentation et une gestion locale plus adaptée à leurs spécificités culturelles et linguistiques.

Les obstacles à une réforme constitutionnelle

Malgré les espoirs initiaux, le dialogue national de 2019 n’a pas permis de faire avancer la cause fédéraliste. L’absence des principaux acteurs de la rébellion a privé les discussions de leur légitimité et de leur représentativité. Sans leur adhésion, toute réforme constitutionnelle reste lettre morte. Par ailleurs, le pouvoir central, attaché à l’unité nationale, redoute qu’une telle réforme ne fragilise davantage la cohésion du pays.

Les défis à surmonter sont immenses : comment concilier les aspirations des régions anglophones avec la nécessité de préserver l’intégrité territoriale du Cameroun ? Les discussions ont révélé des divisions profondes au sein même de la classe politique, entre ceux qui prônent une approche conciliante et ceux qui rejettent toute concession territoriale.

Quelles alternatives au fédéralisme ?

Face aux limites du fédéralisme, d’autres pistes sont explorées pour apaiser les tensions. L’autonomie renforcée des régions, par exemple, pourrait offrir un compromis acceptable pour toutes les parties. Cette solution permettrait aux régions anglophones de bénéficier d’une plus grande autonomie administrative et financière, sans remettre en cause l’unité nationale. Des expériences similaires ont déjà été mises en place dans d’autres pays africains, avec des résultats mitigés mais encourageants.

Une autre option consisterait à renforcer les mécanismes de dialogue et de médiation, afin de rétablir un climat de confiance entre les différentes communautés. Cela passerait par des réformes institutionnelles visant à mieux représenter les minorités et à garantir leurs droits linguistiques et culturels. Cependant, ces mesures nécessitent une volonté politique forte et une approche inclusive, deux éléments encore trop souvent absents dans le paysage politique camerounais.

Un avenir incertain pour le Cameroun

Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif. Le choix entre un retour partiel au fédéralisme, une autonomie régionale ou une politique de répression accrue déterminera l’avenir du pays. Les prochains mois seront cruciaux pour évaluer la capacité des dirigeants à trouver une issue à cette crise qui dure depuis des années.

Quelle que soit la solution retenue, elle devra impérativement intégrer les aspirations des populations concernées et garantir une paix durable. Le Cameroun a besoin d’une vision claire et d’un engagement sans faille de tous les acteurs politiques pour surmonter cette épreuve et construire un avenir commun.