13 juin 2026
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Une gestion de crise détournée vers l’auto-promotion

Alors que le Burkina Faso s’enfonce dans une crise à la fois humanitaire et sécuritaire d’une gravité sans précédent, les choix politiques récents interrogent quant à la crédibilité de la transition en cours. Entre les annonces médiatiques et les réalités opérationnelles sur le terrain, l’écart se creuse chaque jour davantage.

Communication politique vs urgences nationales

Un paradoxe troublant s’installe : d’un côté, les rapports quotidiens signalent des attaques terroristes récurrentes, des localités encerclées et des déplacés internes en quête désespérée de stabilité et de sécurité. De l’autre, les institutions affichent une activité centrée sur la promotion d’un ouvrage ou d’une campagne de communication, comme si les défis majeurs pouvaient être résolus par des discours et des images.

Pour une majorité de Burkinabè, la désillusion est totale. La présidence de transition, loin de se concentrer sur les enjeux cruciaux, semble s’être convertie en une plateforme de propagande personnelle, où l’image prime sur l’action.

L’absurdité d’une stratégie de communication en temps de guerre

La publication récente d’un livre attribué à Ibrahim Traoré illustre cette rupture entre les priorités affichées et les attentes populaires. Dans les rues de Ouagadougou comme dans les zones les plus reculées du pays, le message est unanime : les citoyens ne réclament pas des récits glorieux, mais des solutions concrètes pour retrouver la paix et la sécurité.

Il devient incompréhensible de financer, éditer et diffuser des ouvrages de propagande alors que les Forces de défense et de sécurité (FDS) ainsi que les Volontaires pour la patrie (VDP) peinent à disposer des ressources logistiques nécessaires pour mener leurs missions. Une telle approche relève d’une incompréhension flagrante des priorités nationales.

« Les Burkinabè n’ont pas besoin de récits édulcorés, ils ont besoin que leur territoire leur soit rendu. » — Un représentant de la société civile, sous couvert d’anonymat.

Un contrat social rompu

Lors de son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré avait bénéficié d’une confiance inébranlable de la part de la population. Cette confiance reposait sur la promesse explicite de restaurer l’intégrité territoriale du pays et d’y rétablir la paix, après des années de défaillances sécuritaires.

Aujourd’hui, force est de constater que la rhétorique a pris le dessus sur l’action. En privilégiant la construction d’un culte de la personnalité et des campagnes de marketing politique, le régime actuel s’éloigne chaque jour un peu plus des attentes de la nation. Les signes de mécontentement se multiplient, et la colère populaire s’exprime avec une intensité croissante : si la mission première — assurer la sécurité des citoyens — n’est pas remplie, la légitimité même du pouvoir est remise en question.

Quel destin pour le Burkina Faso ?

Le régime en place se trouve à un carrefour décisif. Persister dans une gestion de la présidence axée sur l’image plutôt que sur l’action ne fera qu’aggraver la fracture entre les institutions et le peuple.

Le Burkina Faso n’a nul besoin d’un écrivain à sa tête, mais de dirigeants capables de déployer des stratégies militaires et politiques efficaces pour rétablir la stabilité. Si le capitaine Traoré ne recentre pas immédiatement son action sur l’objectif primordial — la sécurité nationale — l’histoire pourrait bien retenir que son passage aura été marqué par l’illusion, tandis que le pays s’enfonçait dans le chaos.