13 juin 2026
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Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au Niger. © CNSP

La junte militaire au Niger a officiellement annoncé, le vendredi 8 mai 2025, la suspension immédiate d’une dizaine de médias internationaux. Selon les autorités nigériennes, ces médias diffusent régulièrement des contenus jugés dangereux pour l’ordre public, la cohésion sociale et la stabilité institutionnelle. Cette décision survient à moins d’une semaine du sommet Africa Forward, un événement diplomatique majeur réunissant la France et plusieurs pays africains à Nairobi.

Parmi les médias concernés figurent des chaînes d’information françaises et internationales telles que France 24, RFI, TV5 Monde, TF1 Info, ainsi que des titres de presse écrite comme Jeune Afrique, Mediapart et l’AFP. L’Observatoire national de la communication (ONC) du Niger a précisé que cette suspension s’applique à tous les supports : bouquets satellitaires, réseaux câblés, plateformes numériques, sites web et applications mobiles. La mesure est entrée en vigueur sans délai, bien que les motifs exacts n’aient pas été détaillés.

Reporters sans frontières (RSF) a réagi avec fermeté en exigeant l’annulation immédiate de cette décision. L’ONG dénonce une restriction disproportionnée de la liberté de la presse, soulignant que cette mesure s’inscrit dans une tendance inquiétante observée depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger.

Des restrictions médiatiques en hausse depuis le coup d’État de 2023

Depuis l’arrivée au pouvoir de la junte, plusieurs médias occidentaux ont déjà été interdits. RFI et France 24 avaient été suspendus quelques jours seulement après le putsch. Plus récemment, en décembre 2024, la BBC avait également été bannie. Ces décisions reflètent une volonté affichée par Niamey de rompre avec l’ancienne puissance coloniale, la France, notamment dans le domaine militaire où le Niger a expulsé les troupes françaises engagées dans la lutte antiterroriste.

Le régime nigérien a réorienté sa politique étrangère vers de nouveaux partenaires, comme la Russie, tout en critiquant ouvertement ce qu’il qualifie d’impérialisme. Cette posture s’accompagne d’un renforcement des mesures coercitives, illustré par la suspension de près de 3 000 ONG locales et étrangères en 2025, accusées de soutenir des groupes armés ou de manquer de transparence.

Une région en tension : Burkina Faso et Mali suivent la même voie

Cette restriction des libertés médiatiques n’est pas isolée au Niger. Le Burkina Faso, allié de l’Alliance des États du Sahel (AES) — qui regroupe également le Mali et le Niger — a interdit la diffusion de TV5 Monde début mai 2025. Le Mali, confronté à des crises sécuritaires et politiques majeures, avait déjà suspendu plusieurs médias français en réponse à des tensions croissantes.

La junte nigérienne a justifié sa décision par la proximité avec le sommet Africa Forward, auquel le Niger, le Mali et le Burkina Faso ont choisi de ne pas participer. Cet événement, organisé à Nairobi, vise à renforcer les relations entre la France et l’Afrique, mais pourrait être marqué par des tensions diplomatiques en raison des positions divergentes.

Les journalistes locaux et étrangers ne sont pas épargnés. Cette semaine, deux professionnels nigériens, Gazali Abdou (correspondant de Deutsche Welle) et Hassane Zada (directeur d’un journal régional), ont été libérés après plusieurs mois de détention. Selon l’ONU, 13 journalistes ont été arrêtés en 2025 au Niger, et six restent encore incarcérés, notamment pour des accusations d’atteinte à la défense nationale ou de complot contre l’État.

Les organisations de défense des droits de l’homme, comme Amnesty International, s’alarment du recul de la liberté de la presse dans le pays. En 2026, le Niger a chuté de 37 places dans le classement mondial de Reporters sans frontières, se retrouvant à la 120e position sur 180 pays. Cette dégradation illustre une tendance alarmante, alors que les lois réprimant la diffusion de contenus numériques jugés subversifs ont été durcies en 2024.

Face à cette escalade, la communauté internationale reste divisée. Si certains pays dénoncent des restrictions injustifiées, d’autres soutiennent les autorités nigériennes dans leur quête de souveraineté et de contrôle médiatique accru. Une chose est sûre : la situation des médias au Niger continue de susciter des inquiétudes quant à l’avenir de la liberté d’expression dans la région.