
La République populaire de Chine marque un tournant dans ses relations militaires avec le Gabon en installant un attaché de défense à Libreville, tandis que des projets d’infrastructures stratégiques émergent. Une base navale potentielle à Port-Gentil, des casernes et des programmes de formation pour les officiers gabonais illustrent cette collaboration discrète mais croissante. Bien que certains chantiers n’en soient encore qu’à l’étape des discussions, l’influence de Pékin dans le secteur sécuritaire gabonais s’intensifie progressivement.
Une coopération militaire sino-gabonaise ancrée dans le temps
L’arrivée récente du nouvel attaché de défense chinois à Libreville s’inscrit dans une dynamique bien plus ancienne. Les échanges entre les deux pays en matière de défense remontent à plusieurs années : livraisons d’équipements, formations d’officiers gabonais en Chine, visites officielles et partenariats techniques se succèdent depuis des décennies. Cette nomination récente ne fait que renforcer une relation déjà solide, plutôt qu’elle ne l’initie.
La Chine a fait de la coopération militaire un pilier de sa stratégie africaine, complétant ses investissements colossaux dans les secteurs miniers, énergétiques et logistiques. Le Gabon, riche en ressources naturelles et situé stratégiquement sur le golfe de Guinée, s’intègre parfaitement dans cette logique. La défense devient ainsi le prolongement naturel des intérêts économiques chinois, notamment dans les domaines du manganèse, du bois et des hydrocarbures.
Port-Gentil, futur hub naval chinois en Afrique de l’Ouest ?
Le projet le plus médiatisé concerne la construction possible d’une base navale à Port-Gentil, ville économique et pétrolière du Gabon, située sur la façade atlantique. Si ce projet se concrétisait, il offrirait à la marine chinoise un accès stratégique dans une zone maritime marquée par des enjeux de sécurité : piraterie, trafics illicites et protection des routes commerciales. Pour l’instant, cette hypothèse reste à l’état de proposition, sans confirmation officielle ni calendrier précis.
Parallèlement, des discussions portent sur la construction de casernes et de centres de formation pour les forces armées gabonaises. La coopération inclut également des initiatives antipiraterie, reflétant l’engagement chinois à sécuriser ses intérêts maritimes et ses ressortissants dans la région. Les échanges entre les marines des deux pays se multiplient, avec des escales, des exercices communs et des transferts de compétences.
Un partenariat qui dérange les puissances occidentales
L’expansion militaire chinoise au Gabon s’inscrit dans un contexte de repositionnement géostratégique en Afrique centrale. Depuis la transition politique de 2023, Libreville diversifie ses alliances et affiche une volonté d’autonomie décisionnelle, y compris dans le domaine de la défense. Si la France, historiquement présente avec une base militaire réorganisée, reste un partenaire clé, d’autres acteurs comme la Chine, la Turquie ou la Russie cherchent à prendre leur place.
Une éventuelle présence navale chinoise permanente sur la côte gabonaise serait plus qu’un simple partenariat bilatéral : elle s’inscrirait dans la continuité de la stratégie chinoise du « collier de perles », déjà déployée à Djibouti depuis 2017. Les capitales occidentales, notamment les États-Unis, surveillent avec attention ce type d’initiatives, craignant une influence accrue de Pékin sur les flux énergétiques et la liberté de navigation dans l’Atlantique africain.
Entre opportunités et interrogations : l’équation gabonaise
Pour les autorités gabonaises, cette collaboration avec la Chine représente une opportunité de moderniser une armée souvent sous-équipée grâce à des équipements modernes, des financements et des formations. Cependant, elle soulève des questions cruciales : transparence des accords, préservation de la souveraineté nationale et conditions d’accès accordées à une puissance étrangère sur des sites sensibles. Les détails des projets en cours, leurs financements et leurs échéances restent largement opaques.
Une chose est sûre : la nomination du nouvel attaché de défense chinois, couplée à l’augmentation des dossiers en discussion, signale que la coopération militaire sino-gabonaise entre dans une phase plus concrète. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les projets de Port-Gentil, de casernes et de centres de formation passent du stade de l’intention à celui de la réalisation.






