7 septembre 2026
b9d30c5d-9a60-446d-bc64-a4581d46481e

Quarante-quatre journalistes burkinabè endossent l’uniforme militaire

Une soixantaine de journalistes burkinabè ont récemment participé à un stage de formation militaire de six jours, présenté comme une immersion patriotique obligatoire. Organisé par le ministère de la Sécurité à l’Académie de police de Pabré, à une vingtaine de kilomètres de Ouagadougou, cet entraînement s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les groupes armés djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui frappent le Burkina Faso depuis plus d’une décennie.

Un discours martial pour une presse sous contrôle

Une vidéo diffusée par la télévision publique RTB a capté l’instant où les participants, hommes et femmes, vêtus de treillis et armés de fusils, écoutaient le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo. Celui-ci leur a lancé : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? ». La réponse unanime des journalistes, au garde-à-vous, a fusé : « Affirmatif ». Le ministre a ensuite martelé : « Un journaliste professionnel qui n’est pas patriote représente une menace pour son pays », avant d’ajouter qu’un professionnel engagé mais non patriote reste un « spectateur passif » dans un contexte historique crucial.

Le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a justifié cette initiative en affirmant qu’elle visait à « imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».

Une mesure qui alerte les défenseurs de la liberté de la presse

Cette obligation a immédiatement suscité l’inquiétude des organisations de défense des droits fondamentaux. Selon Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (RSF), cette initiative envoie un « signal nouveau et très inquiétant pour la liberté de la presse ». Il a tenu à rappeler : « Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main ».

Un contexte politique marqué par la militarisation et la souveraineté nationale

Cette formation s’inscrit dans une stratégie plus large du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2022, visant à reconquérir la souveraineté nationale et à promouvoir une ligne anti-occidentale. Une mesure similaire avait déjà été imposée l’année précédente aux élèves du secondaire passant leurs examens de fin d’études.

Cette militarisation forcée des médias s’ajoute à un climat de pression accrue sur la presse, tant nationale qu’internationale. Plusieurs médias ont été suspendus par les autorités de transition, tandis que des journalistes critiques envers la junte ont été réquisitionnés de force et envoyés au front. Le cas du journaliste Serge Oulon, détenu depuis deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre cette tension extrême.