Des dizaines d’arrestations et des lynchages en hausse : la répression des homosexuels au Sénégal s’aggrave avec une nouvelle législation répressive. Focus sur les conséquences dramatiques pour les personnes concernées et la société.
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Au Sénégal, les homosexuels subissent une vague de répression sans précédent. En février 2026, plus d’une centaine d’arrestations ont eu lieu en quelques semaines. Certains sont même passés à tabac par la foule, comme cet homme dont l’orientation sexuelle supposée a déclenché la violence des voisins. À Dakar, des scènes choquantes se répètent : des hommes sont traînés hors de chez eux sous les cris de « góor-jigéen », une insulte wolof signifiant « homme-femme ».
Un témoin raconte : « Les gens crient que tu es un homosexuel, et si tu es arrêté par la police, tu risques jusqu’à dix ans de prison pour actes contre nature. » Les témoignages recueillis par l’équipe de France Télévisions révèlent l’ampleur de la paranoïa : les homosexuels vivent dans la peur constante d’être dénoncés, traqués, voire lynchés. Un homme confie : « On ne peut plus vivre normalement. À tout moment, tu crains qu’on vienne t’attraper. Tu es obligé de te cacher, de ne voir personne. »
Une loi ultra-répressive adoptée à l’unanimité
Le gouvernement sénégalais a durci les peines pour les actes homosexuels, passant de cinq à dix ans de prison ferme. Cette loi, soutenue par tous les députés, marque un tournant dans la répression. « Les homosexuels ne respireront plus dans ce pays », a déclaré l’une d’elles. D’autres élus, encore plus radicaux, demandent des sanctions encore plus sévères. Le texte criminalise également toute aide apportée aux personnes LGBTQ+, y compris les soins médicaux. Des médecins s’inquiètent : « Soigner un séropositif, qu’il soit homosexuel ou non, relève de notre devoir. Mais nous avons peur. Beaucoup de patients n’osent plus venir chercher leurs traitements. »
Cette situation alarmante fait craindre un retour en force du VIH au Sénégal. La docteure Safiathou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le sida, s’alarme : « Nous devons continuer à soigner ces personnes, malgré la menace. Mais c’est très compliqué. »
L’homophobie, un poison culturel ?
Au Sénégal, où 95 % de la population est musulmane, l’homosexualité est profondément rejetée. Les discours politiques et religieux alimentent cette hostilité. « On leur a fait croire qu’il faut détester un homosexuel pour être plus croyant. Que si tu tues un homosexuel, tu iras au paradis. », dénonce un témoin. Un autre ajoute : « Que tu aimes les hommes ou les femmes, c’est un choix personnel. Cela ne regarde que toi et Dieu. »
Cette homophobie généralisée pousse les victimes à préférer l’arrestation à un lynchage public. Un homme raconte : « Souvent, on se rend à la police plutôt que de risquer d’être battu à mort par la foule. »
Parmi les cas les plus médiatisés, celui d’un Français ingénieur à Dakar, arrêté en mi-février sans raison apparente. Sa famille, bouleversée, décrit une arrestation brutale : « Ils ont frappé à sa porte, il a ouvert, et ils l’ont attrapé. C’est une rafle. » Son avocat et sa famille refusent de s’exprimer, par peur des représailles.