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Guinée-Bissau : le tournant sécuritaire qui secoue la présidentielle de décembre

La junte militaire frappe fort avant le scrutin décisif

En Guinée-Bissau, la junte militaire a lancé une opération sécuritaire d’envergure dans la capitale Bissau, ciblant les caches d’armes et interdisant le retour de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une manœuvre stratégique qui intervient à deux mois de la présidentielle du 6 décembre, alors que l’intéressé, exilé au Maroc, clame son intention de se présenter. Mais les autorités militaires bloquent pour l’instant son retour, invoquant des risques pour la stabilité nationale.

Désarmement massif : des conteneurs aux habitations

Les forces de sécurité multiplient les perquisitions dans les quartiers de Bissau, inspectant conteneurs et résidences à la recherche d’armes et de munitions non déclarées. Objectif affiché : reprendre le contrôle des équipements circulant en dehors des circuits officiels. Une campagne qui s’inscrit dans un contexte où l’armée a toujours joué un rôle central dans les crises politiques du pays, souvent marquée par des coups d’État ayant interrompu les processus démocratiques.

Parmi les cibles prioritaires de cette opération : des armes supposément liées à des partisans de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une accusation sensible, qui devra être étayée par des preuves tangibles pour éviter toute instrumentalisation politique.

Embaló dans le viseur : un candidat de trop pour la junte ?

La présidentielle du 6 décembre s’annonce comme un moment charnière pour la Guinée-Bissau. Après son renversement par un coup d’État en novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló, toujours en exil, a annoncé son intention de revenir et de briguer un nouveau mandat. Une candidature qui dérange profondément les nouvelles autorités militaires, lesquelles lui ont jusqu’alors interdit l’accès au territoire national.

Le régime transitionnel justifie cette interdiction par des impératifs de sécurité, arguant que son retour pourrait déstabiliser le processus électoral. Pourtant, le véritable enjeu semble bien plus politique : comment organiser une élection censée marquer la fin de la transition tout en empêchant l’ancien président renversé de faire campagne ?

Un retour bloqué, une candidature menacée

Bien que les autorités n’aient pas officiellement rejeté la candidature d’Embaló, son interdiction de retour en Guinée-Bissau handicape lourdement ses chances. Sans possibilité de mener une campagne sur le terrain, sa capacité à mobiliser l’électorat devient aléatoire. Un paradoxe pour un scrutin qui se veut le symbole d’un retour à l’ordre civil.

La junte, de son côté, affirme vouloir garantir la transparence du processus. Pourtant, le manque de clarté autour des règles encadrant les candidatures alimente les suspicions. Les opérations de désarmement, en ciblant des réseaux supposés proches de l’ancien pouvoir, pourraient-ils servir d’outil pour écarter un adversaire politique ? La question agite déjà la classe politique et la société civile.

Constitution controversée et élections sous haute tension

Dans ce climat électrique, la junte a fait adopter en août une nouvelle Constitution, adoptée par référendum malgré une forte opposition. Ce texte renforce significativement les pouvoirs présidentiels, une réforme qui suscite des inquiétudes quant au respect des principes démocratiques.

Les deux mois précédant le 6 décembre s’annoncent donc décisifs. Entre opérations de désarmement, blocage des candidatures et tensions institutionnelles, la Guinée-Bissau se trouve à un point de rupture. La présidentielle ne sera pas seulement un scrutin : ce sera un test pour savoir si le pays peut enfin tourner la page des coups d’État et des régimes militaires.

L’armée joue gros : entre légitimité et pouvoir

Pour la junte, l’enjeu est double. D’une part, elle doit prouver sa capacité à organiser une élection crédible, marquant la fin de la transition. D’autre part, elle doit maintenir l’ordre public, tout en évitant d’être accusée de partialité. Les saisies d’armes, si elles sont menées avec rigueur et transparence, pourraient renforcer sa légitimité. Mais si elles apparaissent comme un moyen de museler l’opposition, elles risquent d’aggraver les fractures politiques.

À Bissau, les militaires fouillent, saisissent, désarment. Chaque conteneur inspecté, chaque arme retrouvée, pèse désormais dans la balance des prochaines semaines. Car derrière ces opérations se joue une bataille bien plus large : celle du contrôle de l’avenir démocratique de la Guinée-Bissau.