7 septembre 2026
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Un projet gazier transfrontalier entre le Sénégal et la Mauritanie en phase d’accélération

Le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité par la société américaine Kosmos Energy, s’impose comme un projet phare pour le Sénégal et la Mauritanie. Après le démarrage de sa production commerciale au début de l’année 2025, la première phase du gisement transfrontalier suscite un vif intérêt. À Dakar, le Premier ministre Ousmane Sonko en a fait une priorité de sa politique énergétique, insistant sur la nécessité de mieux contrôler l’exploitation des ressources naturelles.

Une collaboration équilibrée entre Dakar et Nouakchott

Le projet GTA, fruit de longues négociations entre les deux pays, repose sur un partage strictement égal des bénéfices entre le Sénégal et la Mauritanie, une approche inhabituelle dans le secteur extractif ouest-africain. Kosmos Energy, en partenariat avec bp, supervise le développement du site, tandis que les entreprises nationales Petrosen et la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH) représentent les intérêts des États concernés.

La première phase repose sur une unité flottante de liquéfaction (FLNG) conçue pour traiter le gaz avant son exportation vers les marchés internationaux. La capacité annuelle visée atteint 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL). D’après les dernières informations, la production s’achemine progressivement vers son rythme optimal, après une mise en service technique finalisée en 2024 et l’envoi des premières cargaisons.

Kosmos Energy sous le regard attentif des autorités sénégalaises

Depuis l’élection du tandem Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko en mars 2024, le projet GTA est scruté de près par le gouvernement sénégalais. Le Premier ministre a clairement exprimé sa volonté de réexaminer ou d’auditer les accords conclus sous l’administration précédente, jugés trop favorables aux opérateurs privés. Cette position a initialement semé le doute parmi les investisseurs internationaux, notamment Kosmos Energy et bp.

La récente communication de Kosmos Energy vise précisément à clarifier la situation. L’entreprise met en avant la solidité de son partenariat avec les deux États et confirme la poursuite des échanges techniques pour les prochaines étapes. Toutefois, certaines ambitions ont été revues à la baisse, certains analystes soulignant un écart entre les objectifs initiaux et les volumes réellement produits depuis le début de l’exploitation.

Sur le plan économique, la montée en puissance du projet GTA promet des recettes budgétaires substantielles pour les deux pays. Pour le Sénégal, les prévisions évoquent des centaines de milliards de francs CFA générés chaque année une fois la pleine capacité atteinte. Ces fonds devraient alimenter le Fonds intergénérationnel et le budget national, deux mécanismes majeurs dans la stratégie sénégalaise de gestion des ressources naturelles.

L’avenir du projet : extensions et souveraineté énergétique

Au-delà de la première phase, l’attention se porte désormais sur la deuxième étape du projet. Initialement prévue pour porter la capacité à environ 3 millions de tonnes par an, cette extension reste en suspens en attendant un accord entre les partenaires industriels et les gouvernements. Kosmos Energy a indiqué que les études se poursuivent, sans fournir de calendrier précis pour l’instant. Les fluctuations des prix mondiaux du GNL et la volonté de l’opérateur de réduire sa dette influencent également cette décision.

Pour Dakar et Nouakchott, l’enjeu du contenu local est crucial. Le gouvernement sénégalais a insisté pour que davantage d’entreprises locales soient intégrées à la chaîne de valeur, allant de la sous-traitance industrielle aux services logistiques. Ousmane Sonko a également évoqué l’idée d’utiliser une partie de la production gazière pour alimenter les centrales électriques du pays, réduisant ainsi la dépendance énergétique du Sénégal.

Cependant, les marges de manœuvre des autorités restent limitées par les contrats en vigueur et la nécessité de maintenir l’attractivité du bassin sédimentaire MSGBC. Plusieurs blocs adjacents font encore l’objet de prospections, et la manière dont le Sénégal et la Mauritanie gèrent leur partenariat avec Kosmos Energy et bp enverra un signal fort aux investisseurs potentiels. La réussite du projet GTA se joue autant sur le terrain que dans les salles de réunion des ministères.