13 mai 2026
3db9cdc8-fe7d-4f4d-b96f-5c8305e7e533

Les armées du Mali, du Burkina Faso et du Niger sont de plus en plus pointées du doigt pour des violations des droits humains commises contre les populations civiles du Sahel. Disparitions forcées, exécutions sommaires et autres abus se multiplient, provoquant une vive inquiétude au sein des Nations unies.

Dans une déclaration récente, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a appelé la Force conjointe du G5 Sahel et ses États membres à redoubler d’efforts pour garantir le respect des droits fondamentaux. « J’exhorte les forces engagées à ne négliger aucun moyen pour préserver la dignité humaine », a-t-il souligné lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée à la région.

une escalade des violences documentées par l’ONU

Depuis plusieurs mois, les exactions attribuées aux armées nationales s’intensifient, tandis que les violences des groupes jihadistes et les conflits intercommunautaires persistent. Les rapports de l’ONU révèlent des chiffres alarmants : entre janvier et mars, 101 exécutions extrajudiciaires ont été recensées au Mali, attribuées à l’armée malienne, et une trentaine au Niger sur le territoire malien. « Ces actes, ainsi que les circonstances et les identités des victimes, ont été méthodiquement documentés », a précisé Guillaume Ngefa, directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA.

Au Burkina Faso, une affaire particulièrement choquante a défrayé la chronique : douze personnes arrêtées pour suspicion de liens avec les jihadistes sont décédées en détention mi-mai. Leurs proches et plusieurs ONG dénoncent des meurtres sommaires déguisés en décès en cellule, tandis que la justice a promis des enquêtes approfondies.

des accusations ciblant principalement les Peuls

Au Niger, une liste de disparus circulant en avril faisait état de 102 personnes tuées par l’armée dans la région de Tillabéri, majoritairement issues de l’ethnie peule, souvent assimilée à tort ou à raison aux groupes armés. « On nous rapporte des cas de civils exécutés et jetés dans des puits, ou des fosses communes exhumées », déplore un responsable de l’association malienne Tabital Pulaaku, sous couvert d’anonymat.

« Il est vrai que certains Peuls ont rejoint les rangs jihadistes, mais réduire le terrorisme à une seule ethnie relève d’une approche simpliste », a tempéré Abou Sow, président de cette même association. Les gouvernements du Sahel, confrontés à une menace jihadiste croissante, apportent un soutien indéfectible à leurs armées, malgré des moyens souvent limités et une formation insuffisante.

les autorités sahéliennes face à leurs responsabilités

Lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité, Ismail Ould Cheikh Ahmed, ministre mauritanien des Affaires étrangères, a insisté sur l’importance d’intégrer pleinement la dimension des droits de l’homme dans la stratégie du G5 Sahel. « La pleine capacité opérationnelle de la Force conjointe passe nécessairement par une maîtrise totale des enjeux humanitaires », a-t-il affirmé.

De son côté, l’ambassadeur du Niger, Abdou Abarry, a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur des droits humains, tout en reconnaissant la gravité des allégations. Plusieurs États, dont la Belgique, ont exprimé leur préoccupation face à ces violations répétées.

Le Conseil de sécurité a pris acte des mesures annoncées par certains gouvernements du Sahel pour répondre à ces accusations et les a encouragés à finaliser leurs dispositifs. Cependant, les armées nationales se trouvent à un tournant critique : malgré leur engagement contre le terrorisme, leur crédibilité est désormais remise en cause.

L’ONU elle-même fait face à un scepticisme croissant de la part de certains membres du Conseil quant à l’efficacité de sa mission au Mali, où 13 000 Casques bleus étaient déployés mi-juin. La France, pour sa part, a réévalué son engagement après la perte de treize soldats en novembre, tandis que la Force conjointe du G5 Sahel, créée en 2017, peine à endiguer la spirale de violences qui frappe la région depuis 2012.

« La protection des civils est un objectif secondaire par rapport à la priorité absolue : neutraliser les groupes armés », analyse Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité de Bamako. Cette approche, bien que compréhensible, soulève des questions sur la capacité des forces à concilier efficacité militaire et respect des droits humains.

Interrogé en mai sur ces exactions imputées aux armées locales, le général Pascal Facon, commandant de la force antijihadiste française, les a qualifiées d’intolérables, soulignant qu’elles pourraient « compromettre la légitimité des opérations militaires ».

Face à cette crise humanitaire et sécuritaire, la communauté internationale est appelée à trouver un équilibre entre soutien aux États du Sahel et exigence de transparence, afin d’éviter que la lutte contre le terrorisme ne se transforme en une source supplémentaire de souffrance pour les populations civiles.