Des méthodes brutales pour étouffer toute opposition
En Mali, Guinée, Burkina Faso et Niger, les régimes militaires instaurés par des coups d’État récents utilisent des méthodes répressives radicales pour museler toute critique. Parmi ces stratégies, les disparitions forcées et les détentions arbitraires sont devenues des outils systématiques pour faire taire les voix dissidentes. Selon les dernières investigations, ces pratiques sont largement documentées et constituent une violation flagrante des droits humains, comme le révèle un récent rapport d’une organisation internationale de défense des libertés.
Des militants disparus en pleine lutte pour la démocratie
Depuis juillet 2024, deux figures du Front National pour la Défense de la Constitution en Guinée ont disparu après avoir été enlevées par des éléments présumés des forces de sécurité. Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla, plus connu sous le pseudonyme « Foniké Menguè », ont été arrêtés la veille d’une mobilisation populaire contre la hausse des prix et pour le retour à un régime civil. Selon les témoignages recueillis, les deux hommes auraient été conduits vers l’archipel des îles de Loos, au large de Conakry, où ils seraient détenus dans des conditions inconnues. Les autorités démentent toute implication, et leur sort reste désespérément incertain.
« Dans ce parcours sans contrôle judiciaire, les victimes sont à la merci de l’arbitraire le plus total. »
Une stratégie de terreur généralisée contre la société civile
Les forces de défense et de sécurité de ces pays ciblent méthodiquement les acteurs de la société civile perçus comme des opposants au pouvoir. Journalistes, avocats, magistrats, défenseurs des droits humains et activistes sont régulièrement enlevés dans la rue, à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Transportés dans des véhicules non identifiés, souvent les yeux bandés, ils sont détenus dans des lieux secrets et soumis à des interrogatoires prolongés, en dehors de tout cadre légal. Aucun mandat d’arrêt n’est présenté, et les familles, comme les avocats, sont maintenues dans l’ignorance la plus totale quant à leur sort.
Ces pratiques, qui s’apparentent à des crimes contre l’humanité, visent à instiller un climat de peur au sein de la population. En agissant hors de tout cadre judiciaire, les autorités cherchent à dissuader toute velléité de contestation, transformant ainsi la société civile en cible privilégiée de leur répression.
Des cas emblématiques qui s’accumulent
Au Burkina Faso, l’avocat et militant Guy Hervé Kam, cofondateur du mouvement Balai Citoyen, a subi une détention arbitraire de cinq mois en 2024. En mars 2025, cinq autres membres de son mouvement, Sens, qui avaient dénoncé des exactions contre des civils, ont également été enlevés par des hommes en civil se faisant passer pour des forces de sécurité. Malgré les appels au calme lancés par la société civile, les autorités sont restées silencieuses sur leur situation.
Quatre journalistes burkinabè – Serge Oulon, Adama Bayala, Kalifara Séré et Alain Traoré – ont été enlevés entre juin et juillet 2024. En octobre de la même année, trois d’entre eux ont été « enrôlés » de force dans l’armée, sur la base d’un décret de mobilisation générale, tandis que le sort du quatrième reste inconnu. Cette pratique, qui consiste à recruter de force des opposants, illustre l’extrémité des méthodes employées par les juntes militaires.
Au Niger, la journaliste Samira Sabou a disparu pendant une semaine en septembre 2023 après son arrestation à son domicile. Quant à Moussa Tchangari, secrétaire général de l’organisation Alternatives Espaces Citoyens, il a été détenu illégalement, et son lieu de détention n’a été révélé à ses avocats que deux jours après son enlèvement.
Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, président du parti d’opposition Nouvelle Vision pour le Mali, a été enlevé en décembre 2024 par des agents présumés des services secrets. Libéré après 45 jours de détention secrète, son cas illustre la brutalité avec laquelle les opposants sont traités. En Guinée, le journaliste Habib Marouane Camara a également été enlevé en décembre 2024 par des hommes identifiés comme des gendarmes, sans que sa famille ne puisse obtenir de nouvelles depuis.
« Les disparitions forcées et détentions illégales s’achèvent souvent par une mise en scène judiciaire truquée, où les victimes sont transférées à la police pour des procès fantoches. »
L’État de droit en péril face à l’arbitraire
Les disparitions forcées ne se limitent pas à des privations de liberté arbitraires. Dans certains cas, elles débouchent sur des procédures judiciaires montées de toutes pièces, où les victimes sont transférées à la police pour des accusations fallacieuses. Au Burkina Faso, cette pratique prend une dimension encore plus alarmante avec l’enrôlement forcé de détenus dans l’armée, les exposant parfois à des combats contre des groupes armés. Plusieurs journalistes et militants, comme Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, présidents de l’Association des journalistes du Burkina Faso, ainsi que Luc Pagbelguem de la chaîne BF1, ont subi ce sort après avoir dénoncé la répression contre la presse.
Ces agissements menacent directement l’État de droit et la protection des libertés fondamentales. Alors que les autorités militaires multiplient les pressions sur les magistrats, certains juges se distinguent en résistant à ces abus. En juillet 2024, le barreau de Guinée a boycotté les audiences pendant plusieurs jours pour réclamer la libération d’Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah. Au Mali et au Niger, des tribunaux ont également condamné des détentions arbitraires, malgré les risques encourus par les magistrats eux-mêmes. Au moins cinq juges burkinabè ont été enrôlés de force dans l’armée en 2024 après avoir statué contre les autorités ou leurs alliés.
Face à cette escalade répressive, la justice doit impérativement poursuivre son rôle de rempart contre l’arbitraire. Un soutien accru de la communauté internationale envers les systèmes judiciaires de ces pays est essentiel pour préserver ce qui reste de l’État de droit et protéger les nombreuses personnes toujours portées disparues.