7 septembre 2026
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Le président Félix Tshisekedi lance un dialogue national inédit pour la RDC

Félix Tshisekedi s'exprimant lors d'une conférence de presse

Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a annoncé le lancement d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Cette initiative, présentée comme une réponse aux crises sécuritaires, politiques et sociales persistantes, marque une volonté de rupture avec les dialogues précédents organisés dans le pays.

Lors de son allocution, le chef de l’État a souligné que ce processus se distinguerait par son ancrage territorial. Contrairement aux habitudes, il ne débutera pas à Kinshasa, mais dans l’ensemble des 26 provinces congolaises, au plus près des réalités locales.

Un dialogue ancré dans les territoires congolais

Rues animées de Goma

Le processus s’ouvrira par une série de consultations dans chaque province. Ces forums réuniront élus nationaux et locaux, représentants des partis politiques – majorité comme opposition –, acteurs de la société civile, chefs coutumiers, leaders religieux, ainsi que des figures économiques, universitaires et scientifiques. L’objectif ? Permettre à chaque région d’établir un diagnostic précis des défis auxquels elle est confrontée.

Les conclusions de ces consultations locales alimenteront ensuite les assises nationales prévues à Kinshasa. Les participants devront identifier les causes des crises récurrentes : insécurité, conflits fonciers, tensions communautaires, dysfonctionnements administratifs, inégalités et obstacles au développement. Les réformes nécessaires seront également mises en lumière.

Deux ordonnances pour structurer le processus

Pour encadrer ce dialogue, Félix Tshisekedi a annoncé la signature prochaine de deux ordonnances présidentielles. La première créera un comité d’organisation chargé de préparer les aspects logistiques et administratifs, tandis que la seconde convoquera officiellement le dialogue et précisera les modalités de participation, les étapes du processus et les mécanismes de suivi des recommandations.

Le président a précisé que les travaux ne devraient pas excéder trois mois. À l’issue des assises, un « pacte national » sera adopté, accompagné d’un dispositif permanent pour veiller à la mise en œuvre des engagements pris.

Les lignes rouges fixées par Tshisekedi

Félix Tshisekedi s'adressant à son auditoire

Le président a clairement défini les limites de ce dialogue. Il a exclu toute interprétation de cette initiative comme un cadre de partage du pouvoir, rappelant que « les crises ne se résolvent pas par des arrangements politiques, mais par le renforcement de l’État ». Félix Tshisekedi a également réaffirmé le respect des institutions issues des élections de 2023 et l’ordre constitutionnel.

Autre point non négociable : la participation des groupes armés. « Quiconque prend les armes contre la nation ne peut prétendre s’asseoir à la table des discussions », a-t-il déclaré. Cette position exclut notamment les mouvements actifs dans l’est du pays, malgré les négociations en cours avec certains d’entre eux.

Le chef de l’État a cependant assuré que ce dialogue national ne se substituerait pas aux initiatives diplomatiques engagées sur le plan régional et international.

Réactions contrastées parmi les acteurs politiques

Claudel Lubaya critique un « rendez-vous manqué »

L’opposant Claudel Lubaya a vivement réagi à l’annonce présidentielle. Dans un message publié sur X, il a jugé le discours présidentiel insuffisant, estimant qu’il manquait de « hauteur de vue » et de réponses adaptées à l’ampleur de la crise. Pour lui, ce dialogue représente un « rendez-vous manqué avec l’histoire » et ne répond pas aux attentes des Congolais.

L’ancien député a souligné que le problème ne résidait pas dans la forme, mais dans le fond du processus proposé. Il a également mis en garde contre le risque que ce dialogue serve davantage les intérêts de la coalition au pouvoir que de favoriser une véritable concertation nationale.

Christian Mwando questionne l’inclusivité du processus

Christian Mwando Nsimba Kabulo

Christian Mwando Nsimba, député et cadre du parti Ensemble pour la République, a également exprimé ses réserves. Il a qualifié l’initiative de « vaste kermesse » sans effet sur la résolution du conflit, et s’est interrogé sur l’absence du terme « inclusif » dans le discours présidentiel. Pour lui, cette omission interroge sur la réelle volonté d’associer tous les acteurs à ce dialogue.

L’opposant a également pointé la coexistence entre ce cadre de concertation et les négociations de Doha avec l’AFC/M23, soulignant les risques de chevauchement ou de confusion dans les processus.

Jean-Claude Katende salue certaines orientations

À l’inverse, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), a salué plusieurs aspects du discours présidentiel. Il a notamment approuvé le refus de tout partage du pouvoir, soulignant que cette position renforçait la crédibilité du processus.

L’avocat et défenseur des droits humains s’est félicité de l’accent mis sur la participation citoyenne et sur la mise en place de mécanismes pour assurer le suivi des résolutions adoptées. Il a cependant appelé à la vigilance, espérant que les promesses présidentielles ne relèveront pas de la simple démagogie.

Un test pour le pouvoir et l’opposition

Militants de l'UDPS à Kinshasa

L’annonce de ce dialogue national intervient dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante dans l’est du Congo et par des tensions politiques internes. Pour le pouvoir, l’enjeu est de convaincre l’ensemble des forces politiques, de la société civile et des différentes composantes du pays de la crédibilité et de l’efficacité de ce processus.

Pour l’opposition, la question centrale reste de savoir si ce dialogue constituera un véritable espace de concertation nationale ou une initiative principalement portée par le camp présidentiel. Les prochaines ordonnances annoncées par Félix Tshisekedi devraient apporter des éclaircissements sur la composition du comité préparatoire et les modalités de participation aux assises nationales.