24 septembre 2026
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Une arrestation nocturne qui dévoile les failles du système sécuritaire

Ce qui devait rester une banale opération de police s’est transformé en un séisme politico-judiciaire au Ghana. Dans les coulisses du pouvoir, l’arrestation musclée de l’infirmière Salomay Bafoh Awiti révèle un mécanisme bien plus inquiétant : celui d’un État qui, sous couvert de lutte contre l’insécurité, laisse ses agences opérer hors de tout cadre légal. Retour sur les zones d’ombre d’un dossier qui ébranle les fondations démocratiques du pays.

Le récit d’une nuit qui a tout basculé

Il est environ 23 heures, un samedi soir, quand des agents lourdement armés pénètrent au domicile de Salomay Bafoh Awiti, infirmière diplômée en poste à l’hôpital d’Abetifi, dans la région de Techiman. Sous les yeux de ses proches, elle est menottée. Les motifs invoqués ? Des transactions financières suspectes via Mobile Money et la diffusion de vidéos qualifiées d’« offensantes ». La suite reste floue : la destination des forces de l’ordre demeure inconnue.

Le volet humain de ce dossier est tout aussi révoltant. Les agents repartent en laissant derrière eux trois enfants mineurs, âgés de 4 et 15 ans, sans aucune assistance ni prise en charge. Pendant plus de 48 heures, soit bien au-delà du délai constitutionnel de garde à vue, la famille et les avocats se heurtent à un mur de silence. Ni le Ghana Police Service, ni le National Security Secretariat, ni le Bureau of National Investigations (BNI) n’acceptent de confirmer le lieu de détention de la prévenue.

Des accusations troubles et des droits piétinés

Il faudra un véritable parcours du combattant à Me Enoch Afoakwa, conseil de l’infirmière, pour localiser sa cliente. Elle avait été transférée au Criminal Investigations Department (CID) d’Accra. L’avocat dénonce des méthodes d’interrogatoire abusives : Salomay Awiti aurait été soumise à des pressions répétées pour témoigner sans la présence de ses conseils juridiques.

L’affaire prend une tournure ouvertement politique lors de la comparution devant le Circuit Court One. Le parquet évoque une prétendue conspiration visant à « renverser le gouvernement », en complicité avec un intermédiaire virtuel. Une thèse que la défense qualifie d’extravagante, soulignant l’absence totale de feuille de charges (charge sheet) transmise aux avocats avant l’audience. « Nous sommes de retour aux heures les plus sombres de notre histoire », s’indigne Me Afoakwa, dénonçant une violation systématique des garanties constitutionnelles.

Le silence gêné du pouvoir et les vraies questions institutionnelles

L’onde de choc atteint le Parlement. La majorité présidentielle du New Patriotic Party (NPP) et ses figures juridiques, comme le député et avocat Nana Agyei Baffour Awuah, se retrouvent sous pression de la société civile et des organisations de défense des droits humains. Certains parlementaires plaident pour la fermeté des institutions en matière de sécurité nationale. Mais l’opinion publique, elle, s’interroge sur une frontière de plus en plus poreuse entre la lutte contre la criminalité et l’instrumentalisation de la justice à des fins d’intimidation politique.

Un test décisif pour la démocratie ghanéenne

Face à la mobilisation grandissante du corps médical et des collectifs de défense des libertés civiles, le tribunal a ajourné l’audience pour contraindre le parquet à formaliser ses accusations. Ce dossier dépasse désormais le cas individuel de Mlle Awiti. Il est devenu le révélateur des dérives sécuritaires et le test ultime de la capacité du Ghana à résister aux tentations de l’arbitraire étatique.