12 juillet 2026
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Après quinze mois de tensions diplomatiques marquées par des échanges acerbes et un gel des relations, le Mali et l’Algérie semblent désormais engagés sur la voie d’un réchauffement de leurs liens. Les deux pays sahéliens, autrefois partenaires incontournables, renouent progressivement le dialogue, malgré les profondes divergences accumulées depuis la rupture de 2022.

Les origines d’une brouille aux conséquences multiples

La crise entre Bamako et Alger plonge ses racines dans des désaccords profonds. Les autorités maliennes de transition ont reproché à l’Algérie son soutien perçu comme ambigu envers les mouvements touaregs, ainsi qu’une interprétation jugée dépassée de la crise du nord malien. L’accord d’Alger de 2015, signé sous égide algérienne pour apaiser les tensions dans la région de l’Azawad, a été progressivement écarté par les nouvelles autorités maliennes, qui y voyaient un frein à leur politique de reconquête territoriale.

La rupture s’est cristallisée avec l’éviction des ambassadeurs des deux pays, suivie d’une série d’échanges publics houleux. Alger a défendu son rôle historique de médiateur, tandis que Bamako a réaffirmé sa volonté d’affirmer une souveraineté totale sur la gestion de ses affaires intérieures. Cette brouille a également gelé une coopération transfrontalière essentielle, alors que les deux États partagent une frontière terrestre de près de 1 400 kilomètres.

Pourquoi un rapprochement s’impose-t-il désormais ?

Plusieurs facteurs expliquent cette volonté de normalisation. Sur le plan sécuritaire, l’extension des groupes armés terroristes dans le Sahel rend indispensable une coordination accrue entre les deux voisins. Le nord malien, marqué par une instabilité persistante, génère des menaces qui touchent directement les frontières algériennes. Pour Alger, dont la politique de sécurisation de son sud est une priorité, une collaboration avec Bamako devient une nécessité stratégique.

Les considérations économiques pèsent également dans la balance. L’Algérie représente un partenaire commercial clé pour le nord du Mali, notamment pour l’approvisionnement en hydrocarbures et en produits de première nécessité. La suspension des échanges officiels a favorisé le développement de circuits informels, au détriment des populations frontalières. Par ailleurs, des projets comme la route transsaharienne ou les échanges énergétiques pourraient relancer une dynamique économique mutuellement bénéfique.

Le Mali, quant à lui, cherche à diversifier ses partenariats après son retrait de la CEDEAO et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), aux côtés du Burkina Faso et du Niger. Dans ce contexte, l’Algérie reste une puissance régionale incontournable, malgré les tensions récentes.

Un dégel sous haute surveillance

Le processus de normalisation en cours suscite une attention particulière de la part des acteurs régionaux et internationaux. La présence militaire russe au Mali, renforcée depuis le départ des forces françaises de Barkhane, rend les capitales occidentales particulièrement attentives à l’évolution des relations entre Bamako et Alger. Certains y voient un possible retour du Mali vers un cadre diplomatique plus traditionnel.

Les premières étapes concrètes de ce dégel pourraient concerner la réactivation de canaux techniques : sécurité frontalière, échanges consulaires ou coopération douanière. Cependant, des obstacles majeurs subsistent. Aucun retour formel des ambassadeurs n’a encore été annoncé, et les divergences sur la gestion de la crise du nord malien persistent. Bamako exige notamment que l’Algérie cesse toute instrumentalisation politique des figures de l’ex-Coordination des mouvements de l’Azawad.

Pour que les relations retrouvent leur pleine vigueur, un accord politique sur l’après-accord d’Alger sera nécessaire. Une tâche complexe, compte tenu de la doctrine souverainiste adoptée par les autorités maliennes de transition. Bien que le calendrier reste incertain, l’inflexion observée ces dernières semaines marque un tournant par rapport à la dynamique d’escalade des mois précédents.