22 septembre 2026

La récente vague d’assauts menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) contre les forces maliennes et leurs alliés russes, à Dioura puis à Sévaré, ne relève pas d’une simple escalade de violence. Derrière ces frappes coordonnées se dessine une méthode éprouvée et une intention claire : déstabiliser l’appareil sécuritaire malien, éprouver la solidité de l’axe Bamako-Moscou, et pousser le pouvoir d’Assimi Goïta à la réaction. Dimanche, le chef de la transition a convoqué une réunion à Bamako, signe que la pression est prise au sérieux au plus haut sommet de l’État. Analyse des ressorts cachés d’une séquence qui en dit long sur le rapport de force actuel au Sahel.

Un mode opératoire qui se répète et se perfectionne

Les attaques de Dioura et de Sévaré ne sont pas des coups isolés. Elles s’inscrivent dans une série d’opérations menées ces derniers jours par le JNIM, avec un objectif constant : viser simultanément l’armée malienne et les combattants russes déployés à ses côtés. Cette double cible n’est pas anodine. En s’en prenant aux deux forces à la fois, le groupe djihadiste cherche à démontrer qu’aucun des deux piliers de la défense malienne n’est intouchable.

Le choix des lieux interroge également. Dioura, dans la région de Mopti, et Sévaré, carrefour stratégique non loin de là, constituent des points névralgiques pour le dispositif militaire malien. Les frapper, c’est perturber la logistique, briser la confiance et envoyer un message à l’ensemble du territoire : la capacité de nuisance du JNIM reste intacte, malgré les opérations de contre-insurrection menées depuis des années.

Bamako sous pression : la réunion d’urgence du dimanche

Face à cette démonstration de force, Assimi Goïta n’a pas tardé à réagir. Dimanche, il a présidé une réunion à Bamako, rassemblant les responsables sécuritaires du pays. Ce type de conclave, convoqué dans l’urgence, traduit moins une volonté de communication qu’une réelle inquiétude : celle de voir le JNIM imposer son rythme et dicter l’agenda sécuritaire du pays.

Derrière cette réunion, plusieurs questions se posent. La coopération avec les forces russes, présentée comme la clé de la reconquête du territoire, montre ses limites. Les attaques conjointes contre l’armée malienne et ses partenaires russes exposent une vulnérabilité que les autorités peinent à masquer. Pour la junte au pouvoir, l’enjeu est double : maintenir la cohésion des forces de sécurité et préserver la narrative d’un retour progressif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du pays.

Les dessous d’une guerre de l’ombre

Ce que révèlent ces attaques, c’est aussi la nature profonde du conflit qui se joue au Mali. Le JNIM ne cherche pas seulement à infliger des pertes humaines. Il s’attaque à la crédibilité de l’État et à la légitimité de ses alliances. Chaque assaut réussi contre une position militaire ou contre un convoi russe est une pièce ajoutée à un récit soigneusement entretenu : celui d’une insurrection capable de frapper n’importe où, n’importe quand.

Pour Bamako et ses partenaires, l’équation est complexe. Renforcer la présence militaire sur certains axes, c’est en dégarnir d’autres. Et chaque réunion d’urgence, chaque déplacement de troupes, offre au JNIM de nouveaux renseignements sur les priorités et les faiblesses de l’adversaire. La guerre ne se joue pas uniquement sur le terrain des armes ; elle se joue aussi sur celui de l’information et de la perception.

Ce qu’il faut retenir

  • Le JNIM a mené plusieurs attaques coordonnées contre l’armée malienne et ses alliés russes à Dioura et Sévaré.
  • Ces opérations visent autant les forces que la légitimité de l’État malien et de son partenariat avec Moscou.
  • Assimi Goïta a réuni les responsables sécuritaires à Bamako dimanche, signe d’une pression accrue sur l’appareil de défense.
  • Le mode opératoire du groupe djihadiste suggère une capacité de renseignement et de frappe toujours active, malgré les opérations de contre-insurrection.