13 juin 2026
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Crise au Mali : les djihadistes du JNIM menacent Bamako, une issue incertaine

Entre l’intransigeance d’un pouvoir militaire en perte de crédibilité et la montée en puissance des groupes armés prônant la charia, les Maliens se retrouvent aujourd’hui face à un dilemme sans précédent. Analyse d’une situation explosive.

Crédit Photo : DT

Trois jours après les attaques simultanées du 25 avril dernier, menées conjointement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida et plus connu sous le sigle JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA, mouvement indépendantiste), la population malienne reste dans l’expectative. Le général Assimi Goïta, chef de la junte au pouvoir, a choisi de taire les raisons de sa brève disparition, préférant marteler, lors de son allocution du 29 avril, que « la situation est maîtrisée ». Pourtant, les faits démentent cette affirmation : le FLA a réinvesti la ville de Kidal, tandis que le JNIM impose désormais un blocus asphyxiant autour de Bamako. Malgré ses déclarations triomphalistes sur la capacité de l’armée malienne à écraser les groupes armés, le pouvoir en place ne parvient pas à masquer son affaiblissement croissant. Six ans après le coup d’État, le Mali reste prisonnier d’une spirale de violence où l’État, incapable de protéger ses citoyens, voit son autorité s’effriter jour après jour.

Entre junte affaiblie et menace djihadiste : l’équation impossible pour les Maliens

L’hypothèse d’une prise de pouvoir par le JNIM, autrefois impensable, gagne en crédibilité à mesure que le rapport de force bascule en sa faveur. Dans un communiqué publié après ses attaques du 25 avril, le groupe a clairement détaillé son objectif : une fois aux commandes, il instaurera la charia comme fondement de l’État. Cette annonce ne surprend plus, tant les zones sous contrôle djihadiste appliquent déjà cette loi islamique avec une rigueur implacable. Certains opposants, désespérés par l’incapacité de la junte à rétablir la stabilité, spéculent sur une alliance temporaire avec le JNIM, espérant ainsi modérer ses ambitions. Ils évoquent une « charia soft », une version allégée de la loi islamique, compatible avec leurs attentes démocratiques. Pourtant, rien dans les déclarations ou les actions du JNIM ne laisse entrevoir une telle modération. Son discours reste intransigeant, et son projet politique, radical.

Le pouvoir militaire, lui, porte une lourde responsabilité dans cette impasse. En verrouillant toute opposition politique, en emprisonnant ou exilant les voix dissidentes, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) a, sans le vouloir, ouvert la voie à une contestation encore plus radicale. Aujourd’hui, ce sont les groupes armés, et non les institutions, qui dictent leur agenda au pays. Après avoir confisqué le pouvoir, les militaires se retrouvent désormais en première ligne d’un affrontement qu’ils ne maîtrisent plus, tandis que la population, prise en étau, voit ses espoirs de changement s’effondrer.

Blocus économique et répression : les deux armes du JNIM et de la junte

Le JNIM ne se contente pas de menaces verbales. Son blocus autour de Bamako asphyxie déjà l’économie malienne, plongeant la capitale dans une crise sans précédent. Pendant ce temps, le régime d’Assimi Goïta, aux abois, durcit sa réponse. La répression s’intensifie : des militaires critiques sont arrêtés, et des figures politiques de premier plan, comme l’avocat Mountaga Tall, disparaissent dans des circonstances troubles. Ces enlèvements, souvent attribués aux services de sécurité de l’État, s’ajoutent à une longue liste d’exactions qui alimentent la défiance envers le pouvoir. Les autorités, malgré les alertes répétées, persistent dans une logique de contrôle absolu, accélérant ainsi leur propre déclin.

Dans son appel du 24 avril, le JNIM a lancé un ultimatum aux « patriotes sincères » du Mali, les exhortant à s’unir pour renverser la junte et établir une transition inclusive. Le groupe promet un « nouveau Mali », mais son projet reste flou, oscillant entre radicalisme religieux et revendications politiques. Pour leur part, les putschistes avaient également brandi l’étendard d’un « nouveau Mali » après leur prise de pouvoir. Pourtant, six ans plus tard, force est de constater que ni l’un ni l’autre ne propose une issue viable pour le pays. Entre l’échec patent de la junte et la menace grandissante du JNIM, les Maliens sont condamnés à subir les conséquences d’un conflit où aucune des parties ne semble en mesure d’offrir une solution durable.