À l’approche de l’Aïd al-Adha, la Côte d’Ivoire active une stratégie audacieuse pour sécuriser l’approvisionnement en moutons : miser sur la production nationale. Le Conseil national de lutte contre la vie chère (CNLVC), placé sous l’autorité du ministère du Commerce, mise sur l’élevage local pour absorber la demande explosive lors de la Tabaski, période où des milliers de têtes sont vendues en quelques jours seulement.
Une filière ovine ivoirienne encore en construction
Traditionnellement, la Côte d’Ivoire s’approvisionne auprès des pays du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pour répondre à ses besoins en petits ruminants. Cette dépendance expose le marché ivoirien à des hausses brutales de prix lors des pics saisonniers, lorsque les éleveurs sahéliens privilégient les marchés plus rémunérateurs. En stimulant l’élevage local, le CNLVC cherche à réduire cette vulnérabilité et à stabiliser les cours dans les zones urbaines, en tête desquelles figure Abidjan.
La démarche repose sur l’implication des éleveurs ivoiriens et une meilleure articulation entre tous les maillons de la chaîne, de la production à la vente. Grâce à un système de veille renforcé, combinant analyse des marchés et échanges avec les professionnels, les autorités anticipent les risques de tension. Cependant, la filière ovine locale, encore en développement, peine à combler un besoin estimé à plusieurs centaines de milliers de têtes pour la seule Tabaski, limitant ainsi l’impact immédiat de cette initiative.
La Tabaski, un test pour le pouvoir d’achat des Ivoiriens
La question du pouvoir d’achat constitue un enjeu politique majeur pour les autorités ivoiriennes. Depuis sa création, le CNLVC multiplie les actions ciblées sur les produits essentiels, des denrées alimentaires aux biens de première nécessité. La Tabaski, avec son poids commercial et son importance symbolique pour les communautés musulmanes, devient un véritable banc d’essai pour évaluer l’efficacité de ces mesures.
Pour l’État, l’enjeu dépasse la simple régulation des prix. Il s’agit aussi de soutenir une filière créatrice d’emplois en milieu rural, dans un pays où la croissance démographique stimule une demande constante en protéines animales. Le développement de l’élevage local s’inscrit dans la continuité du Programme national de développement de l’élevage, dont l’objectif est de réduire la facture des importations de viande et de produits laitiers depuis plusieurs années.
Défis logistiques et coopération régionale indispensables
Stabiliser les prix du mouton de Tabaski exige une approche globale. Les axes d’approvisionnement reliant les zones d’élevage sahéliennes aux marchés ivoiriens restent cruciaux, et leur fluidité détermine la disponibilité des produits. Les instabilités sécuritaires dans certaines régions du Sahel, les fermetures ponctuelles de frontières et la hausse des coûts de transport pèsent sur les marges et se répercutent in fine sur les consommateurs d’Abidjan.
Le CNLVC mise donc sur une stratégie combinant promotion de l’élevage national, surveillance des circuits d’importation et lutte contre les pratiques spéculatives. Cette vision reflète une approche désormais structurelle de la vie chère, où les solutions ponctuelles ne suffisent plus. Pour les acteurs du secteur, la crédibilité de cette politique se mesurera à sa capacité à éviter une flambée des prix, comme celle observée lors des précédentes éditions, où un mouton de taille moyenne dépassait fréquemment les 150 000 FCFA sur les étals abidjanais.
L’équation est complexe : elle nécessite une croissance accélérée des élevages locaux, une collaboration étroite avec les partenaires sahéliens et une vigilance accrue sur les marges des distributeurs. À court terme, c’est le pouvoir d’achat des ménages ivoiriens qui se jouera dans les enclos et sur les marchés. Les autorités affichent leur détermination à faire de la prochaine Tabaski une vitrine de leur stratégie de stabilisation.