13 juin 2026
Screenshot

Screenshot

Le 2 juin 2026, le président Paul Biya a signé un décret renouvelant les membres du Conseil supérieur de la magistrature (Csm). Sur quatorze postes, dix ont été reconduits, alors que leurs mandats étaient arrivés à expiration depuis un an. Ce renouvellement intervient après une longue période d’inertie : le Csm ne s’est plus réuni depuis août 2020, soit près de six ans sans assise.

Cette absence prolongée de réunion a des conséquences graves sur le fonctionnement de la justice camerounaise, comme l’ont souligné plusieurs observateurs. L’avocat et défenseur des droits humains Me Felix Nkongo Agbor Balla a notamment dénoncé une « grave défaillance institutionnelle » aux répercussions profondes sur l’État de droit et l’indépendance judiciaire.

Le Csm est constitutionnellement chargé de la gestion des carrières, de la discipline, de l’intégration et de la régulation éthique des magistrats. Or, selon Me Agbor Balla, la mise en sommeil de cette instance a paralysé ces fonctions essentielles. Dans une tribune publiée en janvier 2026, il dresse un tableau alarmant : les magistrats issus de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam) au cours des six dernières années n’ont toujours pas été intégrés formellement dans le corps judiciaire. Sans prestation de serment, ils ne peuvent exercer leurs fonctions juridictionnelles, créant ainsi un vide préoccupant dans les tribunaux.

Le Cameroun fait face à une pénurie critique de magistrats, entraînant une surcharge des juridictions, une accumulation excessive de dossiers, des détentions prolongées et des retards généralisés dans l’administration de la justice. De nombreux postes restent vacants suite à des décès, des départs à la retraite ou des désengagements, privant les citoyens d’un accès rapide à la justice.

Me Agbor Balla souligne également que des nominations juridiquement contestables ont eu lieu, notamment dans certaines juridictions administratives, où des juges ont été désignés sans l’avis préalable du Csm, seul organe compétent en la matière. Les procédures disciplinaires sont bloquées, les promotions suspendues et les fautes professionnelles ne peuvent être examinées, ce qui décourage les magistrats intègres et favorise la corruption.

Au vu de ce constat lucide et alarmant, la tenue urgente du Conseil supérieur de la magistrature apparaît comme une évidence. La législation prévoit qu’il doit se réunir deux fois par an. Une reprise des activités du Csm est indispensable pour restaurer l’État de droit et la confiance des citoyens dans le système judiciaire camerounais.