28 avril 2026
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Une avocate burkinabè victime d’un système judiciaire oppressif

Le Burkina Faso fait face à une vague de répression sans précédent contre les défenseurs des droits humains. Parmi les cas les plus emblématiques figure celui de Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate et militante engagée, condamnée pour avoir exercé son droit fondamental à la liberté d’expression.

Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou a rendu un verdict controversé. Maître Doli a été reconnue coupable de deux chefs d’accusation :

  • Outrage au chef de l’État (article 352-2 du Code pénal) ;
  • Entreprise de démoralisation des forces armées (article 312-11 du Code pénal).

Ces accusations découlent de publications sur son compte Facebook, où elle critiquait ouvertement la gestion du pouvoir en place. Elle a écopé d’une peine d’un an de prison ferme, assortie d’une amende d’1 million de F.CFA (environ 1 525 euros). Bien qu’elle ait fait appel de cette décision, elle reste incarcérée au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou.

Notons que la charge de trahison (article 311-2 du Code pénal) a été abandonnée par le procureur, faute de preuves suffisantes.

Un parcours professionnel marqué par l’engagement

Ini Benjamine Esther Doli est une figure reconnue de la défense des droits humains au Burkina Faso. Ex-substitut du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso, elle a également occupé le poste d’ex-Commissaire du gouvernement au Tribunal administratif de Ouagadougou, nommé en mai 2019.

Depuis juillet 2024, elle est inscrite au Tableau de l’Ordre des avocats du Burkina Faso. Son engagement s’est intensifié à travers les réseaux sociaux, où elle dénonçait régulièrement les violations des droits fondamentaux, les enlèvements de citoyens et les dysfonctionnements du système judiciaire.

Ses publications mettaient en lumière des thèmes sensibles tels que :

  • L’intimidation et la séquestration de défenseurs des droits humains ;
  • Les lenteurs et entraves à l’indépendance de la magistrature ;
  • Les violations des droits à la sécurité, à la liberté personnelle et au recours effectif à la justice.

Dans l’un de ses derniers messages avant son enlèvement, elle écrivait : « Feu Thomas Sankara a fait sa révolution, mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! »

Une arrestation controversée dans la nuit

Le 31 août 2025, vers 1h30 du matin, Maître Doli a été enlevée à son domicile à Ouagadougou par des individus armés se présentant comme des membres de la gendarmerie nationale. Cet événement s’est produit peu après son retour d’un voyage à l’étranger.

Son dernier post Facebook, publié à son retour, reflétait son inquiétude face à la situation politique et judiciaire du pays. Ce message a vraisemblablement servi de prétexte à son arrestation arbitraire.

Un contexte de répression généralisée

Les autorités militaires au pouvoir au Burkina Faso multiplient les mesures répressives contre les défenseurs des droits humains et les journalistes. Plusieurs cas similaires ont été recensés ces derniers mois :

  • Amadou Sawadogo, membre du mouvement citoyen Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 et libéré le 26 mai 2025 ;
  • Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du Balai citoyen, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu ;
  • Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, arrêté le 24 janvier 2024 et toujours détenu arbitrairement pour complot et association de malfaiteurs ;
  • Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, enlevés le 24 mars 2025 et libérés respectivement les 17 juillet et 21 juillet 2025 ;
  • Atiana Serge Oulon, directeur de publication du bimensuel l’Événement, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.

Ces événements illustrent une stratégie délibérée de musellement de la société civile et des médias indépendants.

Les exigences de la communauté internationale

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), condamne fermement cette condamnation et cette détention arbitraire. Ces mesures sont perçues comme une tentative de punir l’exercice légitime de la liberté d’expression et les activités de défense des droits humains.

L’Observatoire exige des autorités burkinabè :

  • La libération immédiate et inconditionnelle de Maître Ini Benjamine Esther Doli ;
  • La fin de tout harcèlement judiciaire contre elle et les autres défenseurs des droits humains ;
  • Le respect strict des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux standards internationaux (Articles 19 et 22 du PIDCP, Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples) ;
  • L’ouverture d’une enquête pour déterminer les circonstances de son enlèvement et identifier les responsables.

Comment agir ?

Pour soutenir Maître Doli et les autres défenseurs des droits humains au Burkina Faso, vous pouvez interpellé les autorités locales et internationales via les canaux suivants :

N’hésitez pas à relayer cette information sur les réseaux sociaux avec les hashtags #LiberezDoli et #DroitsHumainsBurkina.

Un appel à la solidarité internationale

La situation de Maître Ini Benjamine Esther Doli est symptomatique d’une dérive autoritaire au Burkina Faso. La communauté internationale doit agir pour protéger les défenseurs des droits humains et garantir le respect des libertés fondamentales.

En interpellant les autorités, vous contribuez à faire pression pour une libération immédiate et la fin des persécutions.