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Cameroun-Nigeria : la percée économique qui rebat les cartes de l’extrême-nord

Cameroun-Nigeria : la percée économique qui rebat les cartes de l’Extrême-Nord

Un tournant stratégique s’opère dans l’Extrême-Nord camerounais. Depuis 2019, les échanges commerciaux entre le Nigeria et cette région du Cameroun connaissent une reprise spectaculaire. Cette dynamique, portée par une amélioration sans précédent de la sécurité sur le corridor transfrontalier, redessine l’économie locale et renforce les recettes douanières. Une avancée majeure pour des populations longtemps étouffées par les exactions de Boko Haram.

Un convoi de camions en provenance du Nigeria stationné à Kourgui, Cameroun

Les transporteurs nigérians et camerounais, autrefois contraints de suspendre leurs activités, circulent désormais librement. Aboubacar Mahamed, conducteur nigérian en transit vers N’Djamena, confirme cette embellie : « Du Nigeria, en passant par Kano, Maiduguri, Banki et jusqu’à Kourgui, nous n’avons rencontré aucun problème. La sécurité est assurée entre Kourgui, Amchidé et Yagoua. » Une avancée saluée par tous les acteurs du secteur, même si des précautions restent de mise, notamment en soirée.

Un corridor commercial qui change la donne économique

Le bureau des douanes de Limani, fermé en 2014 en raison des violences de Boko Haram, a rouvert ses portes il y a sept ans. Une décision stratégique qui a relancé les échanges de produits vivriers, de bétail et d’autres marchandises vitales. Célestin Delanga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) du bassin du lac Tchad, souligne l’impact de cette reprise : « Le Cameroun exporte des produits agricoles et du bétail vers le Nigeria, et importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées. Cette dynamique renforce la sécurité économique de la région. »

Les habitants de l’Extrême-Nord, souvent fragilisés par les crises climatiques, bénéficient désormais d’un flux commercial essentiel. « Les inondations de 2024 et la sécheresse actuelle ont détruit les récoltes. Le commerce transfrontalier agit comme une bouée de sauvetage pour les populations », explique Célestin Delanga. Une économie informelle qui s’organise et se structure autour de cette nouvelle donne.

Des recettes douanières en forte hausse

La sécurisation du corridor porte ses fruits. Les recettes douanières ont atteint 741 milliards de francs CFA sur les neuf premiers mois de 2026, contre à peine un milliard en 2023. Une progression spectaculaire qui reflète l’essor des échanges et la confiance retrouvée des acteurs économiques.

Pour les transporteurs, les défis persistent. Aboubacar Mahamed recommande de circuler tôt le matin et de s’arrêter avant la tombée de la nuit, malgré la présence des soldats du Bataillon d’intervention rapide. « Entre 18 heures et 19 heures, il est préférable de s’abriter dans un village ou dans la brousse. Les patrouilles militaires font de leur mieux, mais la prudence reste de rigueur. »

Un avenir économique à reconstruire

Cette percée commerciale marque un tournant décisif pour l’Extrême-Nord. Les autorités douanières et les forces de sécurité continuent d’œuvrer pour stabiliser davantage la région. Les perspectives sont prometteuses : renforcement des infrastructures, diversification des échanges et création d’emplois locaux.

L’Extrême-Nord camerounais et son voisin nigérian voient en cette reprise des échanges un levier de développement durable. Une dynamique qui, si elle se poursuit, pourrait redessiner durablement l’économie de cette région frontalière.