Cameroon : le pouvoir en suspens face à l’absence prolongée de paul biya
Âgé de 93 ans et au pouvoir depuis 1982, Paul Biya reste une figure centrale de la politique camerounaise. Pourtant, depuis 48 jours, le président camerounais a quitté le territoire national pour un « séjour privé en Europe », selon les déclarations officielles. Accompagné de son épouse, Chantal Biya, son absence prolongée alimente les interrogations sur son état de santé et son maintien au pouvoir.
des rumeurs persistantes sur la santé du chef de l’État
Le séjour genevois de Paul Biya, fréquent depuis des années, a donné lieu à de nombreuses spéculations. Le 18 juin, le gouvernement a dû démentir une nouvelle fois les rumeurs d’hospitalisation du président dans une clinique suisse. Malgré ces démentis, les questions persistent, notamment en raison des absences répétées du chef de l’État.
un « vide institutionnel » dénoncé par l’opposition
Des responsables politiques camerounais pointent du doigt une inertie inquiétante du pouvoir. Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a évoqué sur les réseaux sociaux un « vide institutionnel criant » tandis que l’Union démocratique du Cameroun (UDC) a réclamé une procédure claire pour constater un éventuel empêchement du président. Ces appels soulignent l’urgence d’une transition maîtrisée.
Du côté du parti présidentiel, le ministre de l’Enseignement supérieur, James Fame Ndongo, a assuré que Paul Biya « suit méticuleusement les dossiers » malgré son absence. Pourtant, cette position ne convainc pas les détracteurs, qui dénoncent un « pilotage automatique » du pays.
des élections contestées et des réformes en suspens
L’élection présidentielle d’octobre 2025, marquée par une réélection contestée de Paul Biya, avait suscité des manifestations violemment réprimées. Les résultats, vivement critiqués par l’opposition, avaient aussi semé le doute auprès de certains partenaires internationaux.
Dans son discours du 31 décembre, le président avait promis la formation d’un nouveau gouvernement « dans les prochains jours ». Sept mois plus tard, cette promesse reste lettre morte. Les élections municipales et législatives, maintes fois reportées, prolongent indéfiniment les mandats en place, alimentant un climat de frustration croissante.
la question de la succession et les tensions au sommet
Pour tenter de moderniser les institutions, une réforme constitutionnelle a instauré un poste de vice-président en mai. Pourtant, près de trois mois après cette modification, aucun titulaire n’a été nommé, laissant planer le mystère sur l’avenir du régime. Cette incertitude a même conduit à l’émergence d’un faux décret de nomination, rapidement démasqué, mais qui a nourri les spéculations.
Les observateurs locaux évoquent une fracture grandissante au sein des proches de Paul Biya. Selon des politologues, des clans s’affrontent pour influencer la future transition. L’influence croissante de Chantal Biya, souvent citée dans les nominations et décisions majeures, est particulièrement soulignée. Tant que la vice-présidence reste vacante, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait l’intérim en cas de vacance du pouvoir.
Dans un contexte où les Camerounais expriment leur lassitude face à l’immobilisme, l’absence prolongée du président Biya ravive les interrogations sur l’avenir du pays et la préparation d’une transition nécessaire.