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Burkina Faso : l’ombre de la guillotine plane sur la sécurité des Burkinabè

Une réforme pénale qui expose les citoyens à de nouvelles incertitudes

Le Burkina Faso franchit un seuil inquiétant en réintroduisant la peine de mort, alors que la crise sécuritaire s’aggrave depuis plusieurs années. Derrière le discours officiel d’une justice plus ferme se cache une question cruciale : cette décision protégera-t-elle réellement les Burkinabè, ou aggravera-t-elle leur quotidien déjà marqué par la peur et l’insécurité ?

Alors que les attaques jihadistes, les déplacements massifs de populations et les violences communautaires ébranlent le pays, le régime militaire du capitaine Ibrahim Traoré mise sur une réponse radicale. Pourtant, dans un contexte où les libertés publiques sont déjà sous pression, le rétablissement de la peine capitale soulève des craintes bien plus vastes que la simple application de la loi.

Des peines extrêmes pour quels résultats concrets ?

Le nouveau Code pénal, adopté à l’unanimité par l’Assemblée législative du peuple, réintroduit la peine de mort pour des crimes graves : terrorisme, trahison, espionnage, parricide ou encore importation de produits mortels. Pour les autorités, cette mesure vise à renforcer l’ordre et la protection des citoyens. Mais dans les faits, une telle sévérité suffit-elle à endiguer la violence ? Rien n’est moins sûr.

La sécurité d’un pays ne se décrète pas par la seule dureté des sanctions. Elle repose sur une combinaison de mesures : renseignement efficace, présence militaire permanente dans les zones à risque, enquêtes judiciaires rigoureuses et accès à une justice équitable. Or, à ce jour, aucune de ces conditions n’est pleinement remplie au Burkina Faso. La peine capitale risque donc de ne devenir qu’un symbole de fermeté, sans impact tangible sur le terrain.

Plus préoccupant encore : cette réforme ne cible pas uniquement les groupes armés. Elle ouvre la voie à une utilisation politique de la justice, où la menace de sanctions irréversibles pourrait servir à museler toute voix dissidente. Dans un pays où les droits fondamentaux sont déjà fragilisés, cette dérive est particulièrement alarmante.

Quand la justice devient une arme politique

Le discours du capitaine Ibrahim Traoré en dit long sur cette orientation. Fin septembre 2026, il a clairement indiqué que les auteurs de trahison et d’espionnage seraient « sanctionnés sans pitié ». Une déclaration qui, loin de rassurer, interroge sur les limites de l’arbitraire judiciaire. Car une justice forte ne se mesure pas seulement à la sévérité de ses peines, mais aussi à son indépendance et à ses garanties.

Le risque est double. D’une part, une condamnation à mort, une fois exécutée, ne peut plus être annulée en cas d’erreur judiciaire. D’autre part, l’absence de contre-pouvoirs solides laisse planer le doute : cette réforme ne sert-elle pas avant tout à consolider le pouvoir en place plutôt qu’à protéger les Burkinabè ?

Libertés publiques : le prix à payer de la sécurité ?

Dans le même temps où la peine de mort refait surface, d’autres articles du Code pénal durcissent les sanctions contre la presse et les critiques de l’État. Une coïncidence troublante : dans un pays où les journalistes et les magistrats sont parfois menacés ou enlevés, cette révision législative semble viser bien au-delà de la lutte antiterroriste.

Les organisations de défense des droits humains alertent depuis des mois sur la détérioration des libertés au Burkina Faso. Les restrictions à la liberté d’expression, les pressions sur la presse et les entraves à l’action des magistrats indépendants s’ajoutent désormais à un arsenal répressif déjà imposant. Comment, dans ces conditions, garantir que la justice ne sera pas instrumentalisée pour étouffer toute contestation ?

Les citoyens burkinabè aspirent à une chose simple : vivre en paix, circuler sans crainte, envoyer leurs enfants à l’école ou cultiver leurs terres en sécurité. Une réforme pénale, aussi radicale soit-elle, ne suffit pas à répondre à ces besoins essentiels. Elle ne remplace pas l’absence de services publics, le manque de moyens des forces de sécurité ou l’impunité dont bénéficient certains groupes armés.

Fermeté affichée ou aveu d’impuissance ?

Le régime militaire justifie cette réforme au nom de la souveraineté et de la protection des populations. Pourtant, gouverner par la peur n’a jamais résolu une crise sécuritaire. Historiquement, les États qui ont recours à des mesures extrêmes sans renforcer les institutions ont rarement atteint leurs objectifs à long terme.

Le Burkina Faso a besoin d’une sécurité efficace, pas d’une intimidation systématique. Les Burkinabè attendent de leurs dirigeants qu’ils protègent sans écraser, qu’ils punissent sans nier les droits fondamentaux, et qu’ils rétablissent la confiance entre l’État et la population.

La question n’est donc pas tant de savoir si la peine de mort dissuadera les terroristes – ce qui reste à prouver –, mais si elle ne deviendra pas un outil de plus dans les mains d’un pouvoir qui peine déjà à rendre des comptes. Une justice qui tue n’est plus une justice. Elle devient une sentence sans appel, où l’État se place au-dessus de la loi.

L’avenir du Burkina Faso se joue aussi dans les tribunaux

Cette réforme engage l’avenir du pays. Elle reflète un choix de société : préférer la répression à la prévention, la punition à la protection, la peur à la confiance. Mais pour les Burkinabè, l’enjeu est bien plus simple : retrouver une vie normale dans des zones où l’État est absent ou impuissant.

Le capitaine Ibrahim Traoré et son gouvernement devront désormais prouver que cette politique sécuritaire produit des résultats tangibles. Car une autre solution est possible : une approche qui allie fermeté judiciaire, renforcement des institutions et respect des libertés. Une approche où la sécurité se mesure moins au nombre de condamnations qu’à l’absence de nouvelles attaques.