Quand la stabilité se mesure à l’aune de la sécurité des citoyens
Il fut une époque où le Burkina Faso était perçu comme un îlot de calme au milieu d’une région agitée. Cette période, marquée par le long mandat de Blaise Compaoré, n’était pas exempte de controverses. Son régime, souvent critiqué pour son autoritarisme et son manque d’alternance démocratique, était pourtant reconnu pour offrir une stabilité relative à la population. Pourtant, avec le recul, une évidence s’impose : un État ne peut prétendre à la légitimité si sa première mission, la sécurité, n’est plus assurée.
Une époque révolue ? La comparaison avec l’ère Compaoré
Avant l’émergence du terrorisme au Sahel, le Burkina Faso bénéficiait d’une quiétude relative. Les populations circulaient sans crainte entre les régions, les agriculteurs cultivaient leurs terres en paix, et les échanges commerciaux se déroulaient sans entraves. Cette stabilité, bien que contestée sur le plan politique, permettait aux Burkinabè de vaquer à leurs occupations quotidiennes sans la hantise permanente des attaques. Aujourd’hui, rares sont ceux qui oseraient affirmer que cette tranquillité a survécu aux bouleversements sécuritaires.
Cette nostalgie du passé ne doit pas occulter les critiques adressées au régime de Blaise Compaoré. Son pouvoir, verrouillé pendant près de trois décennies, était régulièrement dénoncé pour son manque de transparence et son refus de concéder une véritable alternance démocratique. Pourtant, malgré ces lacunes, l’État assumait alors une fonction essentielle : garantir la sécurité de ses citoyens.
Le défi sécuritaire sous Ibrahim Traoré : des promesses à l’épreuve du terrain
L’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré, issue d’un coup d’État militaire, avait suscité de nombreux espoirs. Le nouveau dirigeant promettait une reconquête territoriale, une restauration de la souveraineté nationale et une riposte plus efficace contre les groupes armés. Plusieurs années après ces annonces, force est de constater que les résultats peinent à se matérialiser sur le terrain. Les communiqués triomphalistes des autorités ne suffisent plus à masquer la persistance des violences dans de nombreuses régions.
Dans certaines localités, l’insécurité reste telle que les populations se retrouvent isolées, coupées du reste du pays. Les axes routiers, autrefois fréquentés sans crainte, sont désormais devenus des zones à haut risque. Malgré les opérations militaires régulièrement évoquées, les attaques se poursuivent, et les habitants continuent de payer le prix fort de cette instabilité.
L’exil, dernier recours des Burkinabè face à l’insécurité
Le signe le plus criant de cet échec sécuritaire réside dans l’exode massif des populations. Chaque semaine, des milliers de Burkinabè abandonnent leurs villages, leurs terres et leurs commerces pour chercher refuge ailleurs, que ce soit dans des zones plus sûres du pays ou au-delà des frontières. Ce départ, souvent silencieux, constitue un aveu accablant : l’État n’est plus en mesure de protéger ses citoyens.
Ce phénomène révèle une rupture fondamentale dans la relation entre le pouvoir et la population. La souveraineté, brandie comme un étendard par les nouvelles autorités, ne se décrète pas : elle se démontre par l’action. Or, pour des millions de Burkinabè, la réalité est tout autre. La sécurité, condition sine qua non de toute prospérité, leur est aujourd’hui refusée.
Entre discours patriotiques et réalité du terrain
Ibrahim Traoré mise sur un discours axé sur la souveraineté, la rupture avec les anciennes alliances et le regain de fierté nationale. Ces thèmes trouvent un écho certain auprès d’une frange de la population, en quête de changement et de rupture avec le passé. Pourtant, ces belles paroles peinent à se concrétiser lorsque les populations continuent de subir les attaques des groupes armés sans protection suffisante.
Un contraste saisissant apparaît également dans le traitement réservé aux deux régimes par une partie de l’opposition. Ceux qui dénonçaient avec virulence les méthodes de Blaise Compaoré semblent aujourd’hui bien plus discrets face aux résultats mitigés du pouvoir actuel. Cette différence de traitement alimente les suspicions d’un double standard, où les critiques s’exercent avec plus de sévérité envers certains dirigeants qu’envers d’autres.
La sécurité, pierre angulaire de toute légitimité politique
Comparer les époques Compaoré et Traoré ne revient pas à idéaliser le passé. Il s’agit simplement de rappeler une vérité fondamentale : un gouvernement se juge avant tout à sa capacité à protéger ceux qu’il dirige. Sans cette sécurité, les réformes, les discours et les promesses perdent une grande partie de leur sens.
Le bonheur d’un peuple ne se construit ni sur des slogans ni sur la popularité d’un dirigeant. Il se mesure à la tranquillité des villages, à la fluidité des déplacements, à la prospérité des marchés et à la liberté de circuler sans crainte. Tant que des Burkinabè devront fuir leur terre natale pour survivre, le débat sur l’efficacité du pouvoir actuel restera ouvert.
L’histoire ne retient pas les discours, mais les actes. Et pour des millions de Burkinabè, l’acte le plus urgent reste celui de leur offrir la sécurité à laquelle ils aspirent depuis trop longtemps.