24 juillet 2026
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L’arrestation de Mohamad Ishaq Kindo, figure majeure de l’islam sunnite au Burkina Faso, a suscité une vive émotion dans le pays. Ce guide spirituel, également président des Oulémas sunnites du pays, a été interpellé mardi 26 mai à Ouagadougou par des agents de sécurité encagoulés, alors que la communauté musulmane s’apprêtait à célébrer l’Aïd.

Mohamad Ishaq Kindo

Arrestation musclée en pleine période sacrée

Vers 14 heures, une opération menée par des éléments de sécurité, incluant policiers et militaires encagoulés, a conduit à l’interpellation de l’imam Kindo. L’intervention, marquée par une grande violence, a provoqué des heurts avec les fidèles présents. Plusieurs personnes ont été blessées lors de cette opération.

Parmi les témoins, certains rapportent que l’arrestation a été particulièrement brutale, malgré le contexte de la veille de l’Aïd. Les fidèles, choqués par cette intervention, ont tenté de s’opposer à l’arrestation, ce qui a aggravé la tension sur place.

Critiques acerbes contre la loi sur les libertés religieuses

Deux jours avant son arrestation, un enseignement de l’imam Kindo avait circulé massivement sur les réseaux sociaux. Dans cette vidéo, il dénonçait avec fermeté le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté le 19 mars dernier. Il mettait en garde les autorités : « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu ».

Le texte, révisé pour lutter contre le radicalisme et les discours de haine en ligne, suscite de vives controverses. La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB) a réagi rapidement en publiant un communiqué indiquant que l’imam Kindo a été arrêté « dans des circonstances dont les motifs n’ont pas encore été officiellement communiqués ».

Manifestations et tensions au sein de la communauté

Quelques heures après l’arrestation, des centaines de personnes ont manifesté dans les rues de Ouagadougou pour exiger la libération de l’imam Kindo. Cette mobilisation pacifique a été dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de gaz lacrymogènes, selon des témoignages recueillis sur place.

La FAIB a appelé les fidèles musulmans au calme et à la retenue, tout en réclamant des clarifications auprès des autorités compétentes. Malgré ces tensions, la communauté reste sous haute surveillance après les événements.

Aucune explication officielle sur le sort de l’imam Kindo

À ce jour, aucune communication officielle n’a été faite concernant le lieu de détention ou les raisons précises de l’arrestation de l’imam Kindo. Le calme est revenu après la Tabaski, mais les questions persistent au sein de la population.

Le président burkinabè Ibrahim Traoré a marqué l’occasion en rendant hommage aux forces de sécurité engagées contre le djihadisme. Il a mis en garde contre toute tentative de déstabilisation, affirmant que « quiconque se met dans cette posture devra assumer l’entière responsabilité et toutes les conséquences qui en découleront ».

Cette arrestation survient dans un contexte où plusieurs voix critiques du régime ont disparu depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré au pouvoir. Les autorités justifient leur politique répressive par la nécessité de lutter contre les groupes jihadistes qui menacent une grande partie du territoire.

Projet de loi sur les libertés religieuses : entre sécurité et controverses

Le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté en mars, vise à encadrer les pratiques religieuses pour éviter les dérives. Il interdit notamment la construction de lieux de culte dans les services publics, à l’exception des hôpitaux, prisons et casernes. L’État burkinabè, qui se veut laïc, cherche ainsi à garantir une égalité entre les confessions tout en répondant aux défis sécuritaires actuels.

Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, a précisé que ce texte s’inscrit dans la lutte contre le radicalisme et les discours de haine en ligne. Cependant, de nombreux citoyens et leaders religieux remettent en cause sa légitimité et son application.