24 juillet 2026
MALI-UNREST

Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition gather at the Kidal roundabout in Kidal, on April 26, 2026. April 25, 2026's shock attacks, synchronised by Tuareg rebels of the Azawad Liberation Front (FLA) coalition and the jihadist Group for the Support of Islam and Muslims (JNIM), targeted several areas in the vast arid country. Fighting resumed on April 26 in several areas, including Kita near Bamako, Kidal, Gao and Severe. Tuareg rebels meanwhile announced an agreement allowing Russian forces backing Mali's army to withdraw from the northern city of Kidal, which they claimed was "totally" under their control. (Photo by abdollah Ag Mohamed / AFP)

Africa Corps : qui est cette milice russe qui étend son influence au Mali ?

Une milice paramilitaire russe, considérée comme l’héritière discrète de Wagner, joue un rôle clé au Mali. Après avoir perdu une position stratégique face aux rebelles, elle reste un acteur incontournable pour Moscou au Sahel.

Le week-end dernier, une offensive d’envergure a secoué le Mali. Des groupes djihadistes, alliés à des rebelles touaregs, ont frappé simultanément plusieurs cibles dans le pays, dont des zones sous contrôle de la junte à Bamako. Parmi les victimes, le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a trouvé la mort lors de l’assaut contre sa résidence.

Dans l’est du Mali, une bataille décisive s’est jouée à Kidal, une ville stratégique tenue par les forces progouvernementales depuis des années. Les rebelles ont réussi à reprendre le contrôle de la ville, mettant fin à l’emprise d’Africa Corps, une milice paramilitaire russe. Après des combats intenses et des négociations tendues, les combattants russes ont finalement quitté les lieux. Malgré ce revers, leur influence persiste dans la région et s’étend bien au-delà des frontières maliennes.

Fondée en 2023, Africa Corps est l’une des structures militaires les plus discrètes de Russie à l’international. Son existence a été évoquée pour la première fois le 20 novembre de cette année-là par Deux Majors, un blogueur spécialisé dans les questions de défense. Ses déclarations s’appuyaient sur les propos d’Igor Korotchenko, ancien colonel et journaliste proche du Kremlin. Officiellement, cette milice est placée sous l’autorité d’Iounous-bek Evkourov, vice-ministre russe de la Défense.

L’émergence d’Africa Corps coïncide avec le déclin du groupe Wagner. Depuis sa création en 2014, Wagner opérait comme une entité autonome chargée de défendre les intérêts russes en Afrique et ailleurs. Cependant, la mort des deux fondateurs du groupe, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, dans un accident d’avion en août 2023, a marqué un tournant. Avant son décès, Prigojine, autrefois proche de Vladimir Poutine, avait tenté de lancer une rébellion contre le pouvoir russe.

Une milice plus discrète mais tout aussi stratégique

Contrairement à Wagner, souvent critiqué pour ses méthodes brutales et ses exactions, Africa Corps se veut plus discrète et mieux intégrée aux institutions russes. Selon des observateurs, cette nouvelle milice aurait pour mission de reprendre les activités de Wagner en Afrique, en absorbant ses ressources humaines et matérielles. « Africa Corps est un rival de Wagner, conçu pour perpétuer l’influence russe sur le continent », avait souligné un expert en géopolitique en 2023.

Le nom même d’Africa Corps n’est pas anodin. Il fait directement référence à l’Afrikakorps, une unité militaire allemande ayant combattu en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce choix symbolique rappelle aussi le groupe Wagner, dont le nom rendait hommage à Richard Wagner, compositeur préféré d’Adolf Hitler.

Des objectifs ambitieux pour un acteur controversé

Dès sa création, Africa Corps a affiché des ambitions claires : mener des opérations militaires d’envergure en Afrique pour soutenir les régimes souhaitant s’affranchir de la dépendance néocoloniale, éliminer la présence occidentale et renforcer leur souveraineté. Igor Korotchenko, l’un de ses principaux porte-parole, a détaillé cette vision lors d’une intervention publique.

Contrairement à Wagner, réputé pour ses méthodes violentes et ses violations des droits humains, Africa Corps mise sur une approche plus institutionnelle. Elle se concentre sur le renforcement des liens avec les gouvernements alliés de Moscou en leur fournissant des troupes et du matériel militaire. Son influence s’étend progressivement à plusieurs pays du Sahel et d’Afrique du Nord, comme le Burkina Faso, la Libye, le Soudan, la République centrafricaine et le Niger.

Le Mali, un terrain d’expérimentation pour Moscow

Au Mali, Africa Corps a pris le relais de Wagner à partir de 2024. Des centaines, voire des milliers de combattants russes y sont déployés, et certains chefs wagnériens ont même rejoint ses rangs avec une partie de leurs hommes. L’objectif est clair : soutenir la junte malienne face aux rebelles touaregs et maintenir une présence russe dans un pays où les puissances occidentales, dont la France, se retirent progressivement.

Cette stratégie permet à la Russie d’étendre son influence dans la région, tout en sécurisant des routes migratoires stratégiques et en accédant à des ressources minières essentielles. Bien que moins médiatisée que Wagner, Africa Corps n’en reste pas moins une force incontournable au Sahel. Son rôle dépasse largement le cadre militaire : elle incarne une nouvelle forme d’intervention russe, plus discrète mais tout aussi déterminante.

Malgré cette discrétion affichée, Africa Corps a déjà fait l’objet de sanctions internationales. En 2024, le Royaume-Uni l’a accusée de « violations généralisées des droits humains » et d’ « exploitation des ressources naturelles » à des fins lucratives. Ces accusations s’ajoutent aux critiques récurrentes concernant ses méthodes et son impact sur la stabilité des pays où elle opère.