Les tensions qui opposaient depuis plusieurs mois le Niger à ses principaux partenaires pétroliers chinois ont finalement trouvé une issue. Le gouvernement nigérien vient d’acter la finalisation des discussions engagées avec les compagnies actives dans le secteur amont et l’oléoduc transportant le brut national vers les marchés internationaux. Cet accord met un terme à une crise persistante qui risquait de compromettre la principale source de revenus du pays.
Une crise pétrolière déclenchée après le changement de pouvoir en 2023
Les désaccords entre Niamey et les opérateurs chinois se sont intensifiés sur plusieurs points critiques : révision des clauses contractuelles, fiscalité, gestion des joint-ventures locales et conditions d’emploi des experts internationaux. La China National Petroleum Corporation (CNPC), acteur clé du secteur, supervise à la fois l’exploitation du bloc d’Agadem et une part majeure dans l’oléoduc reliant le sud-est du pays au port de Sèmè, au Bénin. Cette infrastructure, inaugurée en 2024, devait propulser le Niger parmi les pays exportateurs nets de pétrole.
Pourtant, les tensions politiques entre Niamey et Cotonou, consécutives au coup d’État de 2023 et aux sanctions régionales qui ont suivi, ont perturbé la concrétisation du projet. Du côté chinois, plusieurs cadres ont été expulsés en début d’année, et des autorisations de travail ont été annulées. Les autorités nigériennes reprochaient également à leurs partenaires un retard dans le versement d’une avance financière évaluée à 400 millions de dollars, liée aux futures ventes de brut.
Un compromis négocié dans l’ombre, salué par Niamey
Les échanges, menés discrètement, ont impliqué des représentants chinois dépêchés depuis Pékin et des responsables nigériens du ministère du Pétrole. D’après les informations disponibles, l’entente trouvée prévoit une révision des règles fiscales, un réaménagement des engagements financiers mutuels et un nouveau cadre pour la présence des travailleurs chinois sur les sites d’exploitation. Le gouvernement de transition présente cette résolution comme la concrétisation de sa volonté d’autonomie économique, tout en préservant une relation stratégique de près de vingt ans.
Le calendrier de cet accord n’est pas anodin. Face à un contexte régional toujours instable et à la suspension de plusieurs partenariats avec l’Occident, le Niger mise sur la manne pétrolière pour stabiliser son économie à court terme. Les autorités espèrent une hausse significative des exportations via l’oléoduc, sous réserve de la normalisation des échanges logistiques avec le Bénin et du redémarrage complet des installations chinoises.
La Chine renforce son influence au Sahel grâce à cet accord
Pour Pékin, la résolution de ce différend dépasse le cadre nigérien. La CNPC et ses filiales ont injecté plusieurs milliards de dollars dans la filière pétrolière du pays, et un échec aurait ébranlé la crédibilité de la Chine auprès d’autres États sahéliens révisant leurs partenariats énergétiques. À l’inverse, un compromis négocié sans rupture avec un régime militaire renforce l’image de la Chine comme partenaire pragmatique, évitant toute ingérence et traitant d’égal à égal avec des autorités sous le feu des critiques internationales.
Reste le défi de la commercialisation effective du pétrole. Tant que les relations entre Niamey et Cotonou ne seront pas pleinement rétablies, les volumes exportés via Sèmè resteront inférieurs aux capacités théoriques de l’oléoduc, estimées à 90 000 barils par jour. Les autorités nigériennes explorent des solutions alternatives, comme une connexion via le Tchad, mais leur viabilité industrielle reste incertaine. Ainsi, cet accord avec les sociétés chinoises offre un répit temporaire, sans pour autant lever toutes les contraintes pesant sur le secteur.